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La date de péremption, facteur déterminant du gaspillage alimentaire

Dans les commerces et à la maison, la date de péremption est l’une des raisons principales du rejet d’aliments.

En septembre 2018, la Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique, en collaboration avec La Transformerie et Protégez-Vous, publie « Le gaspillage alimentaire entre la distribution au détail et la consommation ». Cette étude souligne que cette date, visible sur l’emballage de nombreux produits et donnant une information explicite, mais pas toujours bien comprise, trace une frontière entre un « avant » et un « après » qui guide à la fois les choix des consommateurs et les modes de gestion des détaillants.

Un sondage mené auprès de 1026 consommateurs québécois dans le cadre de cette recherche révèle en effet qu’elle est identifiée comme la première raison de gaspillage dans les foyers et que 56% d’entre eux la considèrent comme un facteur important ou très important influençant leurs choix de produits en magasin. Ainsi, selon Tsiros et Heilman (2005), les produits approchant leur date de péremption sont perçus comme de moindres qualités par les consommateurs qui sont moins enclins à les acheter. Par conséquent, ces produits sont retirés avec empressement des étalages des magasins afin de libérer l’espace pour de nouveaux produits. C’est notamment de ce qui ressort des entretiens menés avec 14 gestionnaires de commerces de détail en alimentation de la région de Montréal pour qui la date de péremption s’avère un enjeu structurant de leurs pratiques.

Les résultats du sondage et des entretiens montrent en somme qu’une grande confusion règne quant au fonctionnement du système des dates de péremption et quant à la signification des dates elles-mêmes. Avec l’aspect catégorique de l’information présentée au consommateur (la fixation de « l’avant » et de « l’après »), le système des dates de péremption réduit à l’extrême la complexité des enjeux liés à la fraîcheur et à la conservation des aliments. D’autant plus que la fixation des dates — et donc la prescription de la durée de conservation des aliments — revient aux manufacturiers et aux distributeurs alimentaires et n’est pas imposée par la loi. Ces derniers apparaissent donc en conflit d’intérêts parce que les dates ont un effet direct sur les ventes, ce qui a fait dire aux participants d’un forum organisé par la National Zero Waste Council, à Vancouver, en juin 2018, que la durée de conservation des aliments devrait être régulée par le gouvernement et non par l’industrie.

Il importe donc de mieux saisir en quoi consiste ce système d’information afin d’en comprendre le rôle dans la génération du gaspillage alimentaire. Il est temps de repenser la question de la date de péremption en fonction des défis alimentaires, environnementaux et d’inégalités mondiales actuels. Si les initiatives de lutte contre le gaspillage alimentaire peuvent aider à rendre visible cette problématique et à démystifier l’aspect « objectif » des dates de péremption, il demeure que les institutions gouvernementales qui supervisent ces systèmes devraient être interpellées.